Janvier : le grand malentendu des bonnes résolutions
Janvier est présenté comme un nouveau départ.
Nouvelle année, nouvelles habitudes, nouvelle version de soi-même.
En théorie.
Dans la réalité, janvier concentre surtout :
- des attentes élevées,
- des injonctions à “bien faire”,
- et une pression implicite à réussir rapidement.
Or, si vous avez déjà abandonné des résolutions après quelques semaines, vous n’êtes ni paresseux, ni indiscipliné. Vous êtes simplement confronté à un modèle de changement inefficace.
Pourquoi les bonnes résolutions échouent (presque) toujours
Le mythe du « nouveau départ »
Changer de date ne change ni votre environnement, ni vos contraintes, ni vos automatismes.
Le 2 janvier, vous avez le même cerveau, les mêmes réflexes et le même contexte professionnel qu’en décembre.
La rupture est symbolique, pas structurelle.
Le piège du tout ou rien
Les résolutions sont souvent formulées de manière binaire :
soit c’est parfait, soit c’est un échec.
Résultat :
- un écart devient une faute,
- une semaine difficile devient un abandon,
- l’imperfection invalide tout le processus.
Or, aucun changement durable n’est linéaire.
L’illusion de la volonté
La volonté est instable.
Elle dépend du stress, de la fatigue, de la charge mentale.
Construire un changement uniquement sur la motivation revient à miser sur une ressource fluctuante. Cela fonctionne pour démarrer, rarement pour durer.
Trop, trop vite, trop fort
Janvier concentre toutes les projections : mieux travailler, mieux s’organiser, mieux gérer son temps, mieux équilibrer.
Le cerveau, lui, supporte mal :
- la surcharge,
- l’instabilité,
- les changements multiples simultanés.
La saturation mène au rejet.
Motivation ou système : là où tout se joue
On valorise énormément la motivation.
Mais ce qui crée un vrai changement, ce sont les systèmes.
Un système, c’est :
- un environnement facilitant,
- des routines simples,
- des décisions prises à l’avance,
- moins d’arbitrages quotidiens.
Les personnes perçues comme “disciplinées” ne le sont pas forcément davantage.
Elles ont surtout conçu un cadre qui fonctionne même les jours sans énergie.
À l’inverse, une résolution demande un effort répété dans un environnement inchangé. L’issue est prévisible.
Objectifs ou identité : le point aveugle du changement
Une résolution dit : « Je veux faire X. »
Un changement durable dit : « Je deviens quelqu’un qui… »
Exemples :
- Faire du sport → devenir quelqu’un qui protège son énergie
- Mieux s’organiser → devenir quelqu’un qui respecte son attention
- Moins procrastiner → devenir quelqu’un qui avance même imparfaitement
Tant que l’identité ne bouge pas, les comportements reviennent à leur point de départ.
L’effort est alors vécu comme une contrainte externe, jamais comme quelque chose d’aligné.
Que faire à la place ? Changer de logique, pas de volonté
Penser trajectoire, pas transformation
Un bon changement ne transforme pas votre vie.
Il s’y intègre.
La question pertinente n’est pas :
« Où dois-je être dans un an ? »
mais :
« Quelle trajectoire est soutenable pour moi aujourd’hui ? »
Privilégier la régularité à l’intensité
Ce qui fonctionne vraiment :
- petit,
- répétable,
- compatible avec les jours compliqués.
Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est robuste.
Concevoir pour les jours sans énergie
Un système efficace fonctionne :
- les bons jours,
- mais aussi les jours de fatigue, de surcharge ou de démotivation.
S’il ne tient que lorsque tout va bien, ce n’est pas un système.
Intégrer l’imperfection au processus
Un écart n’est pas un échec.
C’est une donnée normale.
La vraie question devient :
« Est-ce que je reviens à la trajectoire ? »
Conclusion : remettre de la lucidité (et de la bienveillance)
Si vous avez déjà abandonné des résolutions, ce n’est pas un défaut personnel.
C’est un signal : pression excessive, cadre inadapté, logique irréaliste.
Les bonnes résolutions ne manquent pas de motivation.
Elles manquent de réalisme.
La suite ne consiste pas à “faire plus d’efforts”, mais à penser autrement le changement.
C’est précisément ce que nous explorerons dans les prochains contenus : transformer des intentions sincères en habitudes durables, sans pression inutile.

